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Textes cités, montants datés

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Dernière parution : 23 septembre 2026

Le droit social des agences

Les sept niveaux de qualification des agences de voyages, et leurs minima

La branche du voyage classe par lettre, de A à G, sans coefficient. Ce qui détermine le groupe d'un poste, ce que vaut chaque échelon en euros, et pourquoi le Smic a effacé la différence entre les deux premiers.

Le bulletin de paie porte obligatoirement « la position du salarié dans la classification conventionnelle qui lui est applicable ». L’article R3243-1 du code du travail ajoute que cette position se définit « notamment par le niveau ou le coefficient hiérarchique » attribué au salarié. Dans une agence de voyages, ni l’un ni l’autre n’existe. Ce qui y figure, c’est une lettre.

« Je suis au coefficient 230. »

Aucun coefficient hiérarchique ne circule dans la branche du voyage depuis l'entrée en vigueur de la convention des opérateurs de voyages et des guides en 2022. Un nombre encore imprimé sur un bulletin vient du paramétrage du logiciel de paie ou de la grille antérieure, et il ne commande plus aucun minimum. Le seul repère opposable est la lettre du groupe, de A à G.

Trois critères classent, la liste des emplois ne fait que proposer

L’article 11.1.1 de la convention retient trois critères classants : la responsabilité, l’autonomie et la technicité. Ils valent pour tous les emplois de la branche, les anciens comme ceux qui viennent d’être créés, dans tous les services, du plateau d’affaires à la comptabilité, et quel que soit le statut. Aucun barème de points ne les convertit. Chaque emploi est analysé selon les trois critères, puis positionné sur la grille.

Vient ensuite ce que tout le monde cherche en priorité. L’annexe 2 de la convention déroule soixante-huit emplois types répartis en douze familles, du conseiller voyages aux emplois de la responsabilité sociétale, en passant par la production, les transports, l’accueil, les ressources humaines et les métiers du guidage. Chaque ligne coche une ou plusieurs cases parmi les sept groupes.

C’est le pluriel qui compte. Un même intitulé y figure très souvent sur deux ou trois groupes à la fois, et l’annexe s’ouvre sur une réserve que les commentaires reprennent rarement.

« La présente classification n'établit qu'une proposition de classification, le groupe d'appartenance du salarié devant être établi en fonction du niveau de responsabilité, d'autonomie et de technicité réel. »

Annexe 2, « Classification des emplois », convention collective nationale des opérateurs de voyages et des guides du 19 avril 2022, IDCC 3245.

Le tableau ne tranche donc pas. Il balise une fourchette, et l’employeur choisit à l’intérieur en revenant aux trois critères. Les intitulés en usage dans les agences ne s’y retrouvent d’ailleurs pas tous : le chef de comptoir, par exemple, n’a pas de ligne à lui. Le poste n’échappe pas pour autant à la grille, puisque les critères couvrent aussi les emplois que la liste ne nomme pas.

Une conséquence pratique en découle pour les deux camps. L’employeur qui écrit « groupe C » dans un contrat parce que l’annexe propose C pour cet intitulé n’a pas terminé son travail de classement. Le salarié qui conteste sa lettre ne gagne rien à opposer la ligne du tableau : il décrit ce qu’il fait réellement, décide seul, engage l’entreprise ou pas.

Ce qu’un groupe de plus vaut sur la fiche de paie

À chaque groupe répond un salaire minimum hiérarchique. Les montants en vigueur sont ceux de l’accord du 31 janvier 2025, applicable au 1er janvier 2025 et étendu par arrêté du 9 avril 2025, pour un horaire mensuel de 151,67 heures.

GroupeCatégorieMinimum mensuel brutÉcart avec le groupe précédent
Aemployé1 819,82 €—
Bemployé1 870,77 €+ 50,95 €
Ctechnicien, agent de maîtrise1 936,25 €+ 65,48 €
Dtechnicien, agent de maîtrise1 998,21 €+ 61,96 €
Etechnicien, agent de maîtrise2 162,07 €+ 163,86 €
Fcadre2 520,97 €+ 358,90 €
Gcadre3 075,50 €+ 554,53 €

La colonne de droite dit ce que le débat sur un classement met vraiment en jeu, et elle raconte une grille très inégale. Les trois premiers échelons cumulés pèsent 178,39 €. Le dernier, à lui seul, en vaut 554,53 €, soit trois fois plus. Un désaccord sur A ou B se règle à 611,40 € sur l’année, un désaccord sur F ou G à 6 654,36 €.

Le bas de la grille se resserre encore quand on ajoute que l’écart entre le premier et le dernier groupe s’établit à 1 255,68 €, un rapport de 1,69. Sept groupes pour cet intervalle laissent peu de place aux marches du milieu.

Franchir E vers F ne change pas qu’un montant

Les groupes A et B correspondent aux employés, les groupes C, D et E aux techniciens et agents de maîtrise, les groupes F et G aux cadres. Le passage de E à F est le seul de la grille qui fasse changer de statut, et il déclenche des obligations que le minimum mensuel ne laisse pas deviner.

La période d’essai initiale passe de trois à quatre mois. Le forfait annuel en jours devient possible. La convention le réserve aux cadres des groupes F et G. Et l’accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017 relatif à la prévoyance des cadres impose à l’employeur une cotisation de 1,50 % de la rémunération inférieure au plafond de la sécurité sociale, à sa charge exclusive, dont plus de la moitié doit couvrir le risque décès.

Pour un salarié classé F au plancher conventionnel, cette cotisation représente 37,81 € par mois, soit 453,77 € sur l’année, qui s’ajoutent aux 358,90 € mensuels de différence avec le groupe E. L’entreprise qui l’omet ne s’expose pas à une régularisation : en cas de décès du salarié, elle doit aux ayants droit un capital égal à trois fois le plafond annuel, soit 144 180 € avec le plafond 2026 de 48 060 €.

Depuis le 1er juin 2026, classer en A ou en B se joue à 3,75 €

L’article 12.3.1 de la convention engage les parties sur un principe simple : le minimum du groupe A reste supérieur au Smic, et toute revalorisation de celui-ci ouvre une négociation dans les trente jours. Le dernier accord de salaires de la branche porte la date du 31 janvier 2025, quand le Smic s’établissait à 1 801,80 €. Le montant du groupe A, 1 819,82 €, en représentait exactement 101 %.

Le Smic a bougé deux fois depuis. Il est passé à 1 823,03 € au 1er janvier 2026, dépassant déjà le groupe A de 3,21 €, puis la revalorisation automatique du 1er juin 2026 l’a porté à 1 867,02 €, 12,31 € de l’heure.

Le mécanisme est celui de tous les minima de branche : lorsque le plancher conventionnel descend sous le Smic, il cesse de produire un effet et l’employeur verse le Smic. Le salarié classé A qui compare sa fiche de paie à la grille y lit un montant inférieur à ce qu’il touche, sans que cela signale une erreur ni une faveur.

L’effet intéressant se produit un cran plus haut. Le groupe B, à 1 870,77 €, ne dépasse plus le Smic que de 3,75 €. Les deux premiers groupes de la grille, séparés de 50,95 € sur le papier, ne le sont plus que de 3,75 € en paie, soit 45 € sur une année complète. Pour un poste d’employé, l’arbitrage entre A et B a perdu presque toute portée financière tant que la branche n’a pas renégocié.

Il en va autrement au groupe C, premier niveau technicien : à 1 936,25 €, il conserve 69,23 € d’avance sur le Smic, 830,76 € sur l’année. C’est là que le classement recommence à peser, et c’est aussi là que se situe la frontière du statut d’agent de maîtrise.

Le minimum se vérifie de deux façons, et l’entreprise choisit

L’article 12.3.1 ouvre une alternative que beaucoup de contrats ignorent. L’entreprise garantit soit un salaire mensuel de base au moins égal au minimum du groupe, soit une rémunération annuelle réelle au moins égale à ce minimum multiplié par douze et majoré de 10 %.

La seconde formule change tout pour un poste à variable. Un conseiller classé C dont le fixe s’établit à 1 900 € reste en dessous du plancher mensuel. Le groupe exige 1 936,25 €. Sous la formule annuelle, le seuil se porte à 25 558,50 € : 22 800 € de fixe et 2 800 € de commissions le franchissent.

Le calcul de cette rémunération annuelle laisse de côté la prime d’ancienneté, les avantages en nature, l’intéressement, la participation, le paiement des heures supplémentaires et l’indemnité compensatrice de congés payés. Les commissions et les primes sur objectifs, elles, entrent dans le total.

Une limite tient à la nature même du Smic : il se contrôle sur chaque période de paie, pas sur l’année. Une agence qui a opté pour la formule annuelle vérifie donc deux choses distinctes chaque mois, le Smic sur le bulletin, et le seuil conventionnel une fois l’exercice clos.

Sources

Dans « Droit social »

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Sources citées dans les analyses

  • Légifrance
  • EUR-Lex
  • BOFiP
  • Atout France
  • service-public.fr
  • Insee