Quatre cent vingt-huit euros par mois. C’est ce que revient un apprenti de dix-neuf ans, première année de BTS, à une agence de quatre salariés, aide déduite, au barème en vigueur depuis le 1er juin 2026. Le même apprenti, douze mois plus tard, en coûte 952. La rémunération n’a pourtant progressé que de 149 €.
Le reste de l’écart vient de l’aide, qui ne porte que sur la première année d’exécution du contrat. Et son montant se joue sur une frontière administrative où le voyage se situe presque toujours du mauvais côté : celle qui sépare le baccalauréat du bac+2.
Le barème a trois curseurs, dont deux bougent en cours de contrat
La rémunération minimale de l’apprenti s’exprime en pourcentage du SMIC, selon son âge et son année d’exécution du contrat. L’arrêté du 22 mai 2026 a porté le SMIC mensuel brut à 1 867,02 € pour 151,67 heures, soit 12,31 € de l’heure, au 1er juin 2026.
| Année d’exécution | 16-17 ans | 18-20 ans | 21-25 ans | 26 ans et plus |
|---|
| 1re année | 27 % · 504,09 € | 43 % · 802,82 € | 53 % · 989,52 € | 100 % · 1 867,02 € |
| 2e année | 39 % · 728,14 € | 51 % · 952,18 € | 61 % · 1 138,88 € | 100 % · 1 867,02 € |
| 3e année | 55 % · 1 026,86 € | 67 % · 1 250,90 € | 78 % · 1 456,27 € | 100 % · 1 867,02 € |
Montants relevés sur la fiche officielle du contrat d’apprentissage, vérifiée le 1er juin 2026.
Deux des trois curseurs se déplacent sans que l’employeur y touche. Le passage à l’année suivante d’exécution relève la ligne, et l’anniversaire relève la colonne : un apprenti qui atteint 18 ou 21 ans change de taux le premier jour du mois suivant. Le troisième curseur, le SMIC, a bougé deux fois en 2026, au 1er janvier puis au 1er juin. Un budget d’apprentissage bâti en janvier sur 1 823,03 € était périmé cinq mois plus tard.
Ces pourcentages sont des planchers. Une convention de branche peut fixer mieux, et le contrat toujours.
L’aide de 5 000 € s’arrête au niveau du baccalauréat
C’est le montant qui circule partout, et il ne concerne quasiment aucune agence. L’aide unique aux employeurs d’apprentis vise les entreprises de moins de 250 salariés qui recrutent un apprenti préparant un titre jusqu’au niveau du baccalauréat. Or l’entrée dans le métier passe par le BTS Tourisme et les cursus qui le prolongent, tous classés au niveau 5 du cadre national des certifications ou au-dessus.
Ces contrats relèvent d’un autre dispositif. Le décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 a rouvert l’aide exceptionnelle pour les contrats conclus à compter du 8 mars 2026 et jusqu’au 31 décembre 2026, avec des montants modulés par effectif et par diplôme.
| Diplôme préparé | Moins de 250 salariés | 250 salariés et plus |
|---|
| Jusqu’au bac (niveaux 3 et 4) | 5 000 € (aide unique) | 2 000 € |
| Bac+2 (niveau 5) | 4 500 € | 1 500 € |
| Bac+3 à bac+5 (niveaux 6 et 7) | 2 000 € | 750 € |
| Apprenti reconnu travailleur handicapé | 6 000 € | 6 000 € |
Les deux aides ne se cumulent pas. Elles ne portent que sur la première année d’exécution du contrat, se versent mensuellement par l’Agence de services et de paiement sur la base de la déclaration sociale nominative, et se proratisent au jour près sur un contrat plus court qu’un an. La transmission du contrat à l’OPCO conditionne le versement : six mois après la signature, le droit est perdu.
« L'État verse 5 000 € par apprenti. »
Pour une agence indépendante qui recrute en BTS Tourisme, c'est 4 500 €, et seulement si le contrat a été conclu à compter du 8 mars 2026 : l'aide unique ne monte pas au-delà du baccalauréat, et l'aide exceptionnelle n'existait pas entre le 1er janvier et le 7 mars 2026. Un contrat signé en février 2026 pour un bac+2 n'ouvre droit à rien.
Les cotisations patronales tombent à presque rien, les salariales reviennent au-delà de 933,51 €
Il n’existe plus d’exonération patronale propre à l’apprentissage : l’employeur déclare les mêmes cotisations que pour n’importe quel salarié, puis applique la réduction générale. Depuis le 1er janvier 2026, elle porte le nom de réduction générale dégressive unique et s’étend jusqu’à 3 SMIC, soit 5 469,09 € mensuels. Son coefficient atteint son maximum au niveau du SMIC, 0,3981 dans une entreprise de moins de 50 salariés. Une rémunération d’apprenti se situant très en dessous, la réduction absorbe la totalité des cotisations de son champ : maladie, vieillesse, allocations familiales, Fnal, solidarité autonomie, retraite complémentaire, assurance chômage et accidents du travail dans la limite de 0,49 %. Restent dus la fraction d’accidents du travail au-delà de ce taux et la part patronale de la complémentaire santé.
Côté salarié, la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025 a resserré l’exonération. Le seuil est passé de 79 % à 50 % du SMIC pour les contrats conclus à compter du 1er mars 2025, soit 933,51 € aujourd’hui. Au-delà, la part excédentaire supporte les cotisations salariales, la CSG et la CRDS. Cette bascule ne coûte rien à l’employeur, mais elle creuse un écart entre deux apprentis d’une même agence : sous 933,51 €, le net égale le brut.
Ce que donnent deux embauches réelles
Une agence de quatre salariés recrute un apprenti de 19 ans en première année de BTS Tourisme, contrat signé en septembre 2026. Salaire brut mensuel : 802,82 €, entièrement sous le seuil de 933,51 €, donc versé net. Sur douze mois, 9 633,84 €. L’aide exceptionnelle apporte 4 500 €. Reste 5 133,84 €, soit 427,82 € par mois.
La deuxième année change tout. L’apprenti a 20 ans, il passe à 51 % du SMIC, donc 952,18 € bruts, et aucune aide ne s’applique plus. L’année coûte 11 426,16 €, soit 2,2 fois la première.
690 € par mois
Le coût moyen d'un BTS Tourisme sur les 24 mois du contrat, à SMIC constant : 21 060 € de salaires, moins 4 500 € d'aide.
Deuxième profil, un bachelor tourisme de niveau 6 : apprenti de 22 ans, première année, 53 % du SMIC, soit 989,52 € bruts. Seuls 56,01 € dépassent le seuil d’exonération et entrent dans l’assiette des cotisations salariales et de la CSG-CRDS. L’aide tombe à 2 000 €, et 750 € de participation s’ajoutent. Douze mois de salaire font 11 874,24 €, plus 750 €, moins 2 000 € : 885,35 € par mois.
À diplôme supérieur d’un cran et à un an de contrat identique, la première année du bachelor coûte plus du double de celle du BTS.
Le bac+3 se paie 750 € de plus dès la première facture
Les contrats conclus depuis le 1er juillet 2025 pour un diplôme au moins égal à bac+3 déclenchent une participation forfaitaire de l’employeur de 750 €, au titre de l’article L6332-14 du code du travail. Elle compense la baisse de la prise en charge des OPCO. Le CFA la facture directement à l’entreprise et la déduit du premier versement qu’il reçoit de l’opérateur.
Les niveaux 3, 4 et 5 y échappent. Un BTS Tourisme ne la déclenche pas ; une licence professionnelle ou un bachelor, si.
L’apprenti n’entre pas dans le calcul de l’effectif
L’article L1111-3 du code du travail exclut les apprentis du décompte des effectifs de l’entreprise. Pour une agence qui tourne à dix salariés, la distinction est loin d’être théorique : les seuils de onze et de cinquante commandent le versement mobilité, la contribution au Fnal, l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés et la représentation du personnel. Deux apprentis n’y poussent pas.
Une exception figure au même article : ces salariés comptent pour la tarification des risques d’accidents du travail et de maladies professionnelles. C’est aussi le seul poste de cotisation patronale que la réduction générale ne neutralise pas entièrement.
Sources
- Contrat d'apprentissage : barème de rémunération, Service Public Entreprendre, vérifié le 1er juin 2026
- Arrêté du 22 mai 2026 relatif au relèvement du salaire minimum de croissance, Légifrance
- Décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 relatif à l'aide exceptionnelle aux employeurs d'apprentis, Légifrance
- Aides à l'embauche d'un apprenti, Service Public Entreprendre
- Apprentissage : modification de la limite d'exonération des cotisations salariales, loi n° 2025-199 du 28 février 2025 et décret n° 2025-290 du 28 mars 2025
- Réduction générale dégressive unique de cotisations patronales, en vigueur depuis le 1er janvier 2026
- Apprentissage : participation de l'employeur aux frais de formation, décret n° 2025-585 du 27 juin 2025
- Code du travail, article L1111-3, salariés exclus du calcul des effectifs
- Convention collective nationale des opérateurs de voyages et des guides du 19 avril 2022 (IDCC 3245), étendue par arrêté du 22 septembre 2023