Douze semaines. C’est ce que le référentiel du BTS Tourisme impose en entreprise sur les deux ans de formation initiale sous statut scolaire. C’est aussi, en pratique, à peu près tout ce que le diplôme garantit à l’agence qui reçoit le candidat : la branche du voyage classe ses salariés sur la responsabilité, l’autonomie et la technicité du poste réellement occupé, jamais sur le titre présenté au recrutement.
Deux certifications visent explicitement le comptoir. Elles ne sont ni au même niveau, ni délivrées par le même ministère, et l’écart se retrouve jusque dans le montant que l’État verse à l’employeur qui recrute en apprentissage.
Le BTS tient en deux ans, trois blocs et deux langues
Le diplôme est défini par l’arrêté du 5 mars 2019, dont la première session s’est tenue en 2021. Il est enregistré au répertoire national des certifications professionnelles sous le numéro RNCP37890, au niveau 5 du cadre national, avec une échéance d’enregistrement fixée au 31 août 2028.
Trois blocs de compétences le composent : la gestion de la relation clientèle touristique, l’élaboration d’une prestation touristique, la gestion de l’information touristique. Le stage dure douze semaines, découpé en deux ou trois périodes selon la progression construite par l’équipe pédagogique, et il peut se dérouler en totalité à l’étranger.
Le texte a bougé récemment. L’arrêté du 30 mars 2026 remplace le tableau des unités de certification et redéfinit les sept épreuves à compter de la session 2027. Il élargit surtout le choix de la langue vivante B, qui s’ouvre à l’allemand, l’arabe, le chinois, l’espagnol, le grec moderne, l’hébreu, l’italien, le japonais, le néerlandais, le portugais et le russe. Un candidat qui passe l’examen en 2026 relève encore de l’ancien régime d’épreuves ; celui qui entre en première année à la rentrée 2026 sortira sous le nouveau.
Côté budget, la voie scolaire publique reste la moins chère qui existe. L’inscription en BTS public ne donne lieu à aucun droit d’inscription, et un étudiant inscrit en lycée dans une formation post-bac n’est pas assujetti à la contribution de vie étudiante et de campus, fixée à 105 € pour l’année universitaire 2026-2027.
Le titre du ministère du Travail s’arrête un cran plus bas
Le second parcours ne passe pas par l’Éducation nationale. Le titre professionnel de conseiller vendeur en voyages, enregistré sous le numéro RNCP37295 le 12 mai 2023 pour cinq ans, relève du ministère du Travail et se situe au niveau 4, celui du baccalauréat.
Ses trois blocs collent au poste de comptoir plus étroitement que ceux du BTS : réserver des prestations touristiques, vendre des prestations touristiques, concevoir et promouvoir un forfait touristique. Le troisième recouvre exactement ce que la grille conventionnelle appelle le forfaitiste.
Cette différence d’un niveau se paie dans l’autre sens de ce qu’on imagine.
| BTS Tourisme | TP Conseiller vendeur en voyages |
|---|
| Code RNCP | 37890 | 37295 |
| Niveau du cadre national | 5 (bac+2) | 4 (bac) |
| Certificateur | Enseignement supérieur | Travail |
| Échéance d’enregistrement | 31 août 2028 | 12 mai 2028 |
| Blocs de compétences | 3 | 3 |
| Aide à l’employeur, apprenti, moins de 250 salariés | 4 500 € | 5 000 € |
Les deux dernières lignes tiennent au découpage des aides à l’apprentissage. L’aide unique de 5 000 € s’arrête au niveau du baccalauréat, et le décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 fixe à 4 500 € l’aide exceptionnelle du niveau 5 pour une entreprise de moins de 250 salariés, sur les contrats conclus entre le 8 mars et le 31 décembre 2026. Une agence indépendante qui forme un conseiller au titre professionnel touche donc 500 € de plus qu’en le formant au BTS. Au-delà de 250 salariés, l’écart s’inverse et se resserre : 2 000 € au niveau bac, 1 500 € au niveau bac+2. Le calcul complet du coût d’un apprenti intègre ces montants avec la rémunération et les cotisations.
Les deux certifications sont accessibles par la validation des acquis de l’expérience et par la candidature individuelle. Un vendeur en poste depuis quatre ans sans titre passe par là, sans quitter le comptoir.
Aucun de ces diplômes n’ouvre un groupe de classification
C’est le point qui manque à toutes les fiches d’orientation, et il déçoit avant de servir. La convention nationale des opérateurs de voyages et des guides du 19 avril 2022, étendue par arrêté du 22 septembre 2023, classe sur trois critères et trois seulement, et le diplôme n’en fait pas partie. Un BTS Tourisme n’ouvre ni le groupe B ni le groupe C par lui-même. Les sept définitions de groupe et leurs critères valent pour un diplômé comme pour un autodidacte.
Ce qui change quand même, c’est le calendrier.
Le groupe A, pied de grille, ne peut plus être attribué à un salarié comptant plus d’un an d’ancienneté dans l’entreprise. Un débutant recruté en A bascule en B au douzième mois, sans entretien et sans négociation. L’accès au groupe C obéit à une autre logique : il suppose une compétence ou une expérience professionnelle confirmée et réussie dans la fonction, dans le groupe B, ou une expérience équivalente. Aucune durée n’est fixée.
C’est là que la voie choisie compte réellement. Un apprenti qui a passé vingt-quatre mois dans la même agence pendant son BTS arrive avec deux ans de pratique du poste, et cette expérience se plaide comme équivalente au moment de fixer le classement. Un diplômé de la voie scolaire arrive avec douze semaines. Le diplôme est le même, le poste et son groupe ne le sont pas forcément.
« Le BTS Tourisme affiche 90 % d'insertion. »
Le chiffre vient des pages de promotion des écoles, où il désigne des choses différentes selon l'établissement. La mesure du ministère, publiée sur le portail InserJeunes et calculée sur les sortants des millésimes 2022-2023 et 2023-2024, donne 60 % en emploi salarié six mois après la sortie de formation. Elle porte sur l'emploi salarié privé : un diplômé qui s'installe en indépendant n'y figure pas.
Six sortants sur dix travaillent six mois après, quelle que soit la voie
Le taux est identique pour l’apprentissage et pour la voie scolaire en deux ans : 60 % des sortants occupent un emploi salarié six mois après. L’alternance ne creuse pas d’écart sur ce terrain.
Elle en creuse un ailleurs. Un an après la sortie, la moitié des anciens apprentis en emploi salarié privé perçoivent entre 1 570 et 1 880 € nets mensuels en équivalent temps plein, contre 1 520 à 1 800 € pour les sortants de la voie scolaire. Cinquante euros séparent les bas de fourchette, quatre-vingts les hauts, sur des données antérieures aux deux revalorisations du SMIC de 2026. Le SMIC net s’établit à 1 477,93 € depuis le 1er juin 2026 : le bas de la fourchette scolaire s’en approche de moins de cinquante euros.
La poursuite d’études départage aussi les deux voies, dans le sens attendu. Elle concerne 37 % des sortants d’apprentissage et 41 % des sortants de la voie scolaire.
L’alternance déplace la facture, elle ne la supprime pas
L’article L6211-1 du code du travail pose la gratuité de la formation pour l’apprenti et son représentant légal. Le centre de formation est payé par l’opérateur de compétences, en l’occurrence OPCO Mobilités pour la branche du voyage, sur un montant fixé par France compétences.
L’entreprise, elle, paie un salaire. À 19 ans et en première année, un apprenti émarge à 43 % du SMIC, soit 802,82 € bruts mensuels au 1er juin 2026. Sur douze mois, une agence de quatre salariés débourse 9 633,84 €, dont 4 500 € lui reviennent par l’aide exceptionnelle. Rien de tout cela ne dépend de la certification préparée, sauf le montant de l’aide.
L’échelle du dispositif dans la branche se lit dans les chiffres clés publiés par OPCO Mobilités pour les agences de voyages et guides accompagnateurs : 2 226 alternants en 2024, pour 30 162 salariés et 3 921 entreprises. Un salarié sur treize et demi est en contrat d’alternance, dans une branche qui a par ailleurs formé 5 760 salariés la même année.
Le bac+3 arrive plus cher à embaucher pour le même groupe d’entrée
Quatre sortants sur dix enchaînent sur une licence professionnelle ou un bachelor, et cette année supplémentaire change le calcul de l’employeur dans le mauvais sens. Au niveau 6, l’aide exceptionnelle tombe à 2 000 € pour une entreprise de moins de 250 salariés, et une participation forfaitaire de 750 € s’ajoute à la charge de l’entreprise, dont les niveaux 3, 4 et 5 sont dispensés. Un apprenti en bachelor coûte ainsi 3 250 € de plus qu’un apprenti en BTS sur une première année de contrat, avant même de compter la différence de rémunération liée à l’âge.
Face à cela, la grille conventionnelle ne prévoit aucune marche pour le bac+3. Le conseiller voyages y est rattaché aux groupes A et B, quel que soit son parcours. La licence professionnelle se rentabilise plus loin, sur les emplois de responsable de secteur ou de chef de produit, pas à l’embauche au comptoir.
Sources
- Arrêté du 5 mars 2019 portant définition et fixant les conditions de délivrance du BTS « tourisme », Légifrance
- Arrêté du 30 mars 2026 modifiant l'arrêté du 5 mars 2019, applicable à compter de la session 2027
- Fiche RNCP37890, BTS Tourisme, France compétences
- Fiche RNCP37295, TP Conseiller vendeur en voyages, France compétences
- BTS tourisme, indicateurs d'insertion, InserJeunes, millésimes 2022-2023 et 2023-2024
- Décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 relatif à l'aide exceptionnelle aux employeurs d'apprentis
- Article L6211-1 du code du travail, gratuité de la formation pour l'apprenti
- Chiffres clés et rapport de branche, agences de voyages et guides accompagnateurs, édition 2025, OPCO Mobilités
- Coût d'une inscription dans l'enseignement supérieur, service-public.gouv.fr
- Le stage en milieu professionnel, site national du BTS Tourisme
- Convention collective nationale des opérateurs de voyages et des guides du 19 avril 2022, articles 11.1.1 et suivants